Évitez le matin pour faire mesurer votre exposition aux ondes des antennes-relais !

Cet article un peu technique s’adresse en priorité à toutes les personnes qui vivent à proximité d’une antenne-relais et envisagent de faire mesurer leur niveau d’exposition aux ondes électromagnétiques. Mais aussi à tous ceux qui sont familiers du site Cartoradio de l’Agence Nationale des Fréquences (ANFR) ou sont préoccupés par la pollution liée aux ondes électromagnétiques.

Cela est peu connu, mais les niveaux d’exposition aux ondes varient chaque jour en fonction de l’heure.

Après avoir compilé des milliers de données consultables sur le site de l’Observatoire des Ondes mis en place par l’ANFR, le Collectif recommande d’éviter la matinée pour mesurer les niveaux d’exposition aux antennes-relais et de privilégier le début d’après-midi vers 13 h.

La puissance rayonnée par les antennes-relais n’est pas constante. Elle varie en particulier chaque jour en fonction de l’heure. Après avoir compilé des milliers de mesures d’exposition consultables sur le site de l’Observatoire des Ondes mis en place par l’ANFR en début d’année, le Collectif recommande de ne pas effectuer les mesures en matinée.

Les mesures d’exposition effectuées le matin conduisent à des valeurs systématiquement plus faibles que celles qui auraient été obtenues si les mesures avaient été faites plus tard dans la journée. En plus de l’inconvénient d’avoir des valeurs sous-estimées et donc non représentatives de l’exposition maximale – c’est pourtant bien là l’information essentielle que l’on souhaite avoir – réaliser les mesures le matin peut se révéler très pénalisant quand l’exposition calculée se rapproche de la valeur 6 V/m (les niveaux d’exposition sont exprimés en Volt par mètre). Les opérateurs téléphoniques ont en effet aujourd’hui l’obligation d’agir pour faire diminuer les expositions quand elles dépassent le seuil de 6 V/m, sous réserve cependant de faisabilité technique et du maintien de la qualité du service pour les autres usagers (Loi du 9 février 2015). Avoir un niveau d’exposition sous-évalué peut donc priver certaines personnes de cette protection prévue par la loi à laquelle elles auraient pourtant droit.

Le fait que les mesures d’exposition soient réalisées par des Laboratoires limite les moments où les mesures peuvent être faites. Les données de l’Observatoire des Ondes montrent qu’avec cette contrainte (jours ouvrés et heures de travail), le meilleur moment pour réaliser les mesures est en début d’après-midi, vers 13h. Les valeurs obtenues sont alors en général élevées, plus représentatives de l’exposition maximale qu’en matinée.

Sur une journée complète, l’heure à laquelle le niveau d’exposition est le plus élevé se situe très souvent tard le soir vers 23 h. Cette valeur ne peut pas bien sûr être relevée par les laboratoires. Comme on le verra ci-dessous, les niveaux d’exposition varient aussi avec l’intensité de l’activité économique. Les données d’exposition recensées sur le site Cartoradio de l’ANFR ne sont donc jamais des valeurs d’exposition maximale.

L’enjeu du niveau d’exposition mesuré par les laboratoires accrédités

Chacun d’entre nous peut s’il le souhaite demander à ce que le niveau d’exposition aux ondes électromagnétiques dans son habitation (ou dans un lieu accessible au public) soit mesuré par un laboratoire accrédité par l’ANFR. Et des milliers de personnes en font la demande chaque année, en particulier quand de nouvelles antennes-relais sont installées à proximité de leur domicile (formulaire CERFA, site de l’ANFR).

La façon dont les laboratoires procèdent est très codifiée, avec une première étape (cas A du Protocole), suivie éventuellement d’une deuxième étape (cas B du Protocole) si le demandeur n’a pas explicitement indiqué au moment de sa demande qu’il souhaitait dans tous les cas passer par la deuxième étape – Document ANFR expliquant les 2 cas du Protocole. Note du Collectif : la deuxième étape permettant d’obtenir les résultats les plus complets possibles, nous recommandons de remplir le formulaire CERFA en cochant la ligne 2 « le détail de l’exposition » au paragraphe III intitulé « Précisions sur la demande », et d’écrire après « Précisions » : « selon le cas B2 du nouveau protocole de l’ANFR (3.2) + sommation des valeurs extrapolées + contribution par opérateur ».

Toutes les mesures sont consignées dans un rapport détaillé remis par le laboratoire au demandeur et copié à l’ANFR. Le rapport peut par la suite être consulté en libre-service sur le site Cartoradio de l’ANFR, qui recense au niveau national l’ensemble des rapports de mesures (et l’ensemble des antennes-relais).

Dans la première étape, le laboratoire identifie l’endroit de l’habitation où l’exposition est la plus forte et prend trois mesures à des hauteurs différentes. La valeur de l’exposition retenue est calculée comme la moyenne des 3 mesures. On notera qu’il n’y a qu’une seule valeur de l’exposition retenue. Elle est caractérisée par différents paramètres, comme l’heure à laquelle la mesure a été réalisée (les prises de mesures étant rapides, on ne distingue pas les 3 moments où les mesures ayant servies à calculer la valeur de l’exposition ont été faites). Cette heure figure dans le rapport du laboratoire.

La valeur de l’exposition obtenue à la fin de l’étape 1 (cas A) est très importante. Elle peut déterminer le passage à l’étape 2 (cas B), qui va apporter beaucoup plus d’informations. Elle peut aussi dans certains cas déclencher des actions de la part des opérateurs téléphoniques visant à diminuer le niveau d’exposition.

Si la valeur est inférieure à 6 V/m, le processus de mesure s’arrête (sauf si le demandeur a explicitement indiqué qu’il voulait des mesures détaillées au moment de sa demande). L’exposition est déclarée conforme aux seuils limites officiels et la personne qui a demandé les mesures reçoit le rapport du laboratoire.

Si la valeur est supérieure ou égale à 6 V/m, une deuxième étape de mesure et de calculs est lancée avec le cas B du protocole. L’objectif ici est d’évaluer le niveau d’exposition qui serait généré si tous les services (Radiodiffusion, 2G, 3G 900 MHz, 3G 2100 MHz, 4G 700 MHz, 4G 800 MHz, 4G 1800 MHz, etc .) contribuant au niveau d’exposition calculé à l’étape 1 fonctionnaient à pleine puissance. L’opération permettant pour un service donné de passer du niveau d’exposition mesuré à celui calculé avec la pleine puissance est dénommée « extrapolation ». A la fin de la deuxième étape, le laboratoire dispose pour chaque service d’un niveau d’exposition extrapolé et en déduit un indice d’exposition global qui doit rester inférieur à 1. C’est sur ces bases que la conformité de l’exposition (respect des valeurs-limites d’exposition fixées par le décret n°2002–775 du 3 mai 2002 pour chaque niveau de fréquences) est déclarée ou non (Note du Collectif: comme tout le monde le sait, les valeurs-limites officielles ont été placées à de tels niveaux qu’il est quasiment impossible aujourd’hui d’arriver à un cas non conforme – cela va peut-être changer avec le déploiement de la 5G).

Avec la réglementation actuelle, les cas conformes ayant un niveau d’exposition calculée à la fin de l’étape 1 (cas A) supérieur ou égal à 6 V/m reçoivent cependant une attention spéciale: ils sont classés par l’ANFR dans la catégorie des Points Atypiques (exposition largement supérieure à la moyenne des expositions constatées au niveau national). Et les opérateurs de téléphonie mobile ont alors l’obligation (sous réserve de faisabilité technique et sans dégrader le service pour les autres utilisateurs) de regarder s’ils ne peuvent pas faire baisser le niveau d’exposition en modifiant les paramètres des antennes (loi du 9 février 2015, article 1er, alinéa II G)

Récapitulons. Une personne avec un niveau d’exposition calculé à la fin de l’étape 1 (cas A) supérieur ou égal à 6 V/m a donc une petite chance de voir sa situation s’améliorer. Mais pas celui pour qui le niveau d’exposition est de 4,5 V/m, 5 V/m, ou 5,9 V/m ! Et c’est là où il faut se poser la question de la représentativité des mesures effectuées par les laboratoires. Sont-elles bien représentatives du niveau d’exposition ? La question est d’autant plus légitime que comme on l’a vu, une seule mesure est prise (à 3 hauteurs différentes) pour le cas A.

Le Collectif a essayé d’établir comment le niveau d’exposition dans un lieu donné variait au cours du temps.

Les niveaux d’exposition varient fortement au cours de la journée, toujours de la même façon

La façon dont les niveaux d’exposition à un endroit donné varient au cours du temps n’est pas documentée par les organismes officiels. L’ANFR ne prend jamais en compte l’impact des heures de mesures dans sa communication. Elle indique seulement que « l’amplitude des variations dans la journée constatée dans les études est en général faible, inférieur à 30 %  », voir document ANFR, page 31 – paragraphe 5.1, Indicateur de l’exposition. Ce texte qui donne très peu d’information laisse à penser que l’on a affaire à des variations de faible amplitude qu’il est inutile de corriger. Il semble que la réalité soit bien différente.

Jusqu’à très récemment, il n’était pas possible pour des Collectifs ou des Associations d’avoir accès à des données permettant d’étudier la variation des niveaux d’exposition en fonction de l’heure. Cette situation a changé en mars 2020 avec le lancement du Projet « l’Observatoire des Ondes » par l’ANFR et la mise en place d’un site public permettant d’accéder aux mesures.

L’ambition de l’Observatoire des Ondes est de permettre aux villes qui le souhaitent d’installer des capteurs permanents pour mesurer les niveaux d’expositions en continu. Les mesures peuvent être ensuite récupérées sur le site. Six capteurs ont pour l’instant été installés dans 2 villes, 3 à Nantes et 3 à Marseille. C’est en étudiant les données enregistrées par les 6 capteurs, principalement sur la période de mars à juillet 2020, que le Collectif est arrivé aux recommandations proposées dans cet article.

L’image ci-dessous est une copie d’écran du site de l’Observatoire des Ondes représentant sous forme graphique les mesures d’exposition enregistrées rue Jean-Jacques Rousseau à Nantes par le même capteur pour la semaine du 7 au 13 septembre. Les valeurs mesurées à 07 h, 09 h et 13 h ont été reportées sur le graphique par le Collectif. On voit que le niveau d’exposition varie de façon cyclique chaque jour de la semaine, avec des bas la nuit et des hauts pendant la journée vers 13 h ou tard le soir vers 21h – 23 h (comme on le voit le lundi, mardi, mercredi, jeudi et dimanche sur le graphique, où la courbe montre une autre bosse prononcée en fin de journée).

Ce simple graphique illustre très bien la problématique sur laquelle nous souhaitons attirer l’attention : si le laboratoire passe à 9 h du matin pour enregistrer le niveau d’exposition, il sous-estimera grandement l’exposition maximale observée pendant la même journée. Le mardi 8 septembre par exemple, la valeur retenue par le Protocole A aurait été de 2,71 V/m à 9 h, alors qu’elle aurait été de 3,53 V/m si la mesure avait été faite à 13 h.

Allons maintenant un cran plus loin. Supposons que la mesure ait bien été faite à 13 h au lieu des 9 h initialement envisagé.  Est-elle alors bien représentative de l’exposition maximale réelle ? La réponse est malheureusement non. L’exposition varie en effet aussi en fonction des jours et des semaines. Sur le graphique ci-dessous, on voit qu’une exposition de 3,93 V/m a été mesurée le mardi 22 septembre à 13 h. Elle est bien supérieure au 3,53 V/m enregistré le 8 septembre à la même heure. On observe aussi les jours précédant le mardi 22 septembre des expositions globalement plus élevées que la moyenne.

Ces variations basses fréquences des niveaux d’exposition sont à mettre au compte de l’activité économique. Plus il y a de personnes en mobilité à proximité du lieu de mesure et de données échangées via les radiofréquences et plus la puissance délivrée par les antennes relais augmente. A contrario, une baisse d’activité économique entraine toujours une baisse importante des expositions (lire cet article explicatif). A cet égard, toutes les personnes pour lesquelles des mesures ont été faites pendant la période de confinement (17 mars – 11 mai) ont été pénalisées, avec des expositions relevées certainement très sous-estimées !

Nous avons regardé sur une longue période de temps (de mars à juillet 2020) comment se comparaient les expositions mesurées à 9 h, à 13 h et à 23 h pour chacun des 6 sites de l’Observatoire des Ondes et nous avons retenu 3 sites pour illustrer les conclusions. Le premier se situe rue Jean-Jacques Rousseau à Nantes, le second à l’île de Nantes à Nantes et le troisième au Chemin de la Batterie des Lions à Marseille.

Les valeurs représentées sur les 3 graphiques ci-dessous sont les données brutes de l’ANFR que nous avons moyennées sur 7 jours consécutifs. On constate à chaque fois qu’en moyenne, les mesures d’exposition effectuées à 13 h ou à 23 h sont largement plus élevées que les mesures d’exposition réalisées à 9 h !

Conclusions et recommandations

Les niveaux d’exposition varient tout au long d’une journée et d’une journée à l’autre non pas au hasard mais de façon organisée.  Et les variations reflètent tout simplement le nombre de personnes en mobilité à proximité du point de mesure et la quantité de données transitant via les radiofréquences. Tôt le matin, les expositions sont faibles. Elles augmentent et passent en général par un pic vers 13 h, au moment de la pause déjeuner. Elles redescendent un peu durant l’après-midi puis remontent après 20h, avec un nouveau pic vers 23 h, quand un maximum de personnes jouent en ligne ou regardent des films en utilisant leur forfait téléphonique. Plus l’activité économique à proximité du lieu de mesure est importante (commerces, services, tourisme, etc.) et plus le niveau d’exposition observé vers 13 h sera élevé. Quand l’activité économique globale s’effondre, comme on l’a vu pendant le confinement, les expositions diminuent fortement.

Cette réalité, qui va être amplifiée avec le déploiement de la 5G, ne peut plus être occultée et doit être prise en compte. Nous avons déjà aujourd’hui un vrai problème de représentativité des mesures quand on veut estimer un niveau d’exposition maximum aux ondes électromagnétiques. L’ANFR devrait intégrer l’heure des mesures (comptabiliser de la même façon des mesures faites le matin et en début d’après-midi n’a aujourd’hui plus grand sens) dans ses bilans annuels des expositions et dans son suivi du nombre de points atypiques.

Nous recommandons à tous ceux qui souhaitent réaliser des mesures d’exposition dans leur habitation de le faire en début d’après-midi, quand l’activité impliquant la mobilité est à son plus haut.

Il vaut mieux aussi éviter de faire des mesures en période de confinement ou de re-confinement partiel: les valeurs obtenues sous-évalueraient alors fortement l’exposition qui aurait été mesurée en période d’activité normale.

Le Collectif Stop Linky / Gazpar / 5G de Fontenay-sous-Bois (https://stoplinky94120.wordpress.com/)

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